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Aperçu de travaux de V.C d'Epannes de Béchillon, quand les biographes activent leur plume...

 



Biographe V.Constance d'Epannes
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A LIRE, QUELQUES FRAGMENTS DE SES ECRITS :

 

Extrait du livre la « Saga d’Herbert Marti », sorti en libraire novembre 2008. Chapitre page 123:

"Entre ces murs, flottait la mélancolie lumineuse de Rilke..."

Le quartier historique de Berne, sur la colline ceinturée par les remous de l'Aar, est une authentique merveille. Il le fut plus encore lorsque Herbert apprendra que, dans les années vingt, son magnifique salon aux boiseries travaillées avait accueilli Rainer Maria Rilke. La mémoire médiévale de ces murs portait donc une empreinte. Celle d'un grand poète de la solitude, parmi les plus profonds de la première moitié du XXe siècle.

Ce fut pour évoquer celui dont le lyrisme allégorique est une méditation sur l'essence de l'existence humaine, mais en même temps afin de présenter la sortie de la première traduction en alle­mand de La Cage aux rêves, l'un des premiers romans de Monique Saint-Hélier, proche du poète, qu'Herbert noua un contact un jour avec celui qui voulait créer l'événement, Charles Linsmayer, éditeur, critique et journaliste culturel au quotidien bernois Der Bund. Ce moment privilégié eut lieu chez les Marti, précisément dans ce salon aux boiseries polies par le temps, pour une centaine de relations choisies et en présence du libraire Peter Erismann, sur le lieu de rendez-vous du destin où, naguère, Monique Saint-Hélier travaillait la matière littéraire en tant qu'étudiante, encore sous le nom de Monique Eimann Briod.

Charles Linsmayer promouvait alors une collection de redécouvertes de la littérature suisse et, en tant que membre du comité du Salon du livre de Genève, il représentait un « apôtre de la diver­sité » (Le Temps). En projetant cette soirée nostalgique qui reconstituera l'at­mosphère d'un passé fécond, il prévoyait qu'on retrouverait ce que Monique Saint-Hélier avait décrit à l'occasion du portrait qu elle fit du poète. À l'endroit précis où Rilke et la romancière, ainsi que son époux et dévoué soutien, le traducteur Biaise Briod, partagèrent l'amitié profonde autant que l'exaltation littéraire. Dans Souvenir de Rilke, Monique Saint-Hélier écrivait ceci : « Combien Rilke aimait ce salon à la Junkerngasse, avec ses lambris couleur de miel d'automne, son plafond à caissons, son grand poêle en faïence portant les armoiries et la couronne des Graffenried [...] C'était aussi le temps des premiers feux de cheminée. Il était là, le soufflet dans les mains ou assis à l'envers sur une chaise, le menton penché au-dessus des livres... »

On devinera le silence de la nuit s'étendant autour de Rilke dans la pièce pendant la lecture. Puis on imagine avec elle le jardin aperçu derrière les hautes fenêtres, descendant jusqu'au bord de l'Aar, ainsi que le grand sapin s'obscurcissant. Il y avait sûrement, non loin, une de ces brassées de rosés qu'il lui portait en signe de son ardente affection.

On dit que Rainer Maria Rilke est mort des suites d'une piqûre d'épine, symbole fort qui allait donner naissance au mythe du poète succombant à la morsure d'une épine de rosé. Les légendes se construisent sur d'étranges confusions parfois : il se blessa en effet la main avec une fleur cueillie dans son jardin de Muzot, mais conjointement se déclara une leucémie aiguë. Il mourut de cette maladie trois mois après, au sanatorium de Valmont.

Lors de la réception qui aura donc lieu au domicile d’Herbert Marti près de septante ans plus tard, celui-ci aura à c½ur de rendre hommage au poète et à l'écrivaine en installant une gerbe de rosés rouges en évidence. Dans l'article du journal Der Bund paru le 1er novembre 1990, quelques jours après la manifestation, on soulignera combien l'histoire présente et celle de la littérature, s'unirent exceptionnellement et parfaitement. Der Bund précisait en outre que la lecture des quelques paragraphes de La Cage aux rêves par la comédienne Sylvia Jost avait su mettre en lumière l'immanence de l'½uvre et sa finesse. Ce travail était un document de mémoire intime de la fin des années vingt, non destiné au public au départ, et esquissé pour son mari Biaise par Monique Saint-Hélier alors agonisante.

Les Éditions de l'Aire, à Vevey, éditeurs de l'ouvrage et de plusieurs rééditions de ses livres, indiquent que son ½uvre est le fruit d'un travail exigeant et élégant, écrit dans le sillage de Rainer Maria Rilke. Accueillie tout d'abord à Paris par l'élite culturelle, elle avait eu le soutien d'un certain nombre de gens de lettres, admirateurs de l'auteur. Fervents de littérature étrangère et partisans convaincus d'une forme romanesque non consacrée, sortant du convenu, ils appartenaient à ces critiques qui, dans les années trente, défendront les ouvrages de la romancière suisse. Très tôt rattrapée par plusieurs affections, dont les symptômes d'une paralysie qui la condamnèrent à un alitement de plus en plus contraignant, mais portée par un élan intense, Monique Saint-Hélier allait se consacrer à une écriture fertile. Sa créativité abondera jusqu'à la fin de son existence, en 1955. Ce soir-là, mais aussi dans sa postface de la première traduction allemande de La Cage aux rêves, Charles Linsmayer donnera du reste une image vivante du parcours hors du commun de cette femme.

En cette fin d'octobre-là, entre les murs de la Junkerngasse 41, avaient résonné les accents de quelques pièces pour flûte qui ponctuèrent subtilement la lecture. Sous les doigts aériens d'Anne-Marie Sommer et avec les sonorités légères de Debussy et de Honegger, flottait dans l'air la mélancolie lumineuse de Rilke. Cela se passait au creux du bel automne 1990, dans ce qui fut le nid d'amour de Herbert et Vera Marti.:

xml:namespace prefix = o />Préface du livre pour Alicia Brun-Léonard :  "Albert Brun, un écran noir pour ses nuits blanches" juillet 2008.

 

 

"Quels points communs, ont pu, à partir de l’année 1988,  rassembler en un même lieu, à dates fixes et toujours pendant 4 heures et 27 minutes, des personnages aussi opposés que Daniel Cohn-Bendit, l’avocat Jacques Vergès, Jean Marie Le Pen président du Font National, ainsi que le correspondant de l’AFP au Pérou, Albert Brun ?

Le lecteur serait peut-être plus éclairé si j’ajoutais qu’on y entendit la voix de Jeanne Moreau. Et qu’autour du personnage de Klaus Barbie, on apercevra le philosophe Alain Finkielkraut en même temps que Beate et Serge Klarsfeld et Wolfgang Gustmann vétéran des Waffen SS.

C’est en faisant mes recherches sur le contexte historique de la trajectoire d’Albert Brun pour les besoins de sa biographie ici présente, que je suis tombée sur une archive en langue allemande. Elle provenait du Fritz-Bauer Institut de Francfort pour la Cinématographie des Holocaustes. Assimilable à un dossier de presse, celle-ci détaillait, par le menu, les éléments d’un film évènement de Marcel Ophüls. Pour les besoins de la pellicule Brun y campait son propre rôle. Ce furent ses dernières apparitions publiques. Il s’éteignait quatre ans plus tard, rongé par le cancer et les nuits sans sommeil.

Dans le scénario de « Hôtel Terminus : Klaus Barbie, sa vie et son temps », fresque documentaire tournée le long des trois années  précédentes, les quatre vingt douze participants principaux avaient été replacés dans leur contexte. De Ute Messner, la fille de Barbie, libraire en Autriche, jusqu’à l’employée de la ferme d’Izieu où les enfants furent cachés. Mais si j’ai voulu mettre l’accent sur la présence d’Albert Brun tenant son rôle de reporter au cours de cette production, ce n’est cependant pas pour insister sur ce passage de sa vie qui peut sembler anecdotique.

Le défi de Marcel Ophüls de documenter le Pourquoi et le Comment des choses, autour du devoir d'informer et du droit  de savoir, ceci en brassant autant de figures différentes, m’a semblé porter l’essence même de la mission journalistique.

En pénétrant sur le territoire de Brun, j’ai découverts cet  univers qu’on s’imagine connaître et que j’avais cru exercer pendant plusieurs années autrefois. J’étais loin du compte. La vérité du journaliste est autre. Avec son  engagement corps et âme et l’investissement fervent qu’il suscite, toute captivante quelle soit, cette vérité est faite de paradoxes, de cas de conscience, de stress insensés et permanents, d’écueils, de périls. Certes, on n’y fait pas souvent v½ux sobriété, de chasteté. Tant s’en faut dès qu’on possède sa carte de presse, mais on entre en journalisme comme on entrerait dans un ordre d’une exigence extrême.

Il était important aux yeux de sa fille, Alicia Brun-Léonard que ces facettes soient mises en lumière. Pour cela, l’aventure de notre travail  en duo est la correspondance de deux volontés communes. La distribution des rôles se fit naturellement.

Lorsque nous avons commencé la mise en place, en mai 2007, remarquable fournisseur de documentation, Alicia  avait déjà remué ciel et terre pendant des années et nombre de contacts partout dans le monde. Elle en aurait voulu beaucoup plus et ne ménageât pas sa peine pour me procurer autant de matière qu’il lui était possible, notes rédigées par ses soins, documents, photos, dépêches, articles, traductions, témoignages parcourant l’itinéraire d’Albert Brun. à charge pour moi d’étayer l’information, d’installer de nouvelles sources, d’architecturer le projet d’Alicia, puis enfin, de l’écrire en son nom.

Rien ne me fit défaut pour tracer ce grand croquis. Mais  tellement il était quelqu’un de la réalité, avec une charge émotionnelle palpable malgré la rigueur de ses propos, m’a manqué une chose cependant, l’intéressé lui-même. On ne peut faire autrement que de s’attacher à cet homme à conjuguer à l’imparfait ou au passé simple et pourtant très présent. Une carrure, dont j’aurais voulu recueillir impressions et sensations en supplément. Dans la captation de l’instant et dans le culte de la vocation enragée qui fut la sienne."

                                                                 

Chronique biographique de

N.Grondein 2008. Première partie :

de  

"Depuis la fin de novembre des pluies en rafales menaçaient de crues la vallée de la Meuse. Ce ne serait pas aujourd’hui que la fonte neigeuse empêcherait subitement que je m’enfonce jusqu’aux chevilles pour trouver des brindilles dans la boue grasse, ruisselante. Parce qu’ils étendaient leurs grands bras menaçants au dessus de la plaine, j’avais l’impression que mes pires ennemis, les arbres, eux aussi faisaient partie d’un noir complot. J’apercevais leurs branches changées en sculptures monstrueuses, si lourdes de neige et à perte de vue, le givre plaquant sa vaste couverture sur la terre submergée.  

Princesse des souillons régnant sur la coke de houille, j’en appelais à tous les enfants de la terre. Ceux à qui on ne fit pas cadeau d’une épaule rassurante qui les protégera à jamais. Héritière de l’obscurité, avec mes doigts noircis par les boulets d’anthracite dont je venais de remonter deux seaux, c’était bien moi, là, en nage, accroupie devant la cuisinière à charbon. En vissant pour la seconde fois la fonte brûlante, espérant je ne sais quel rayon de soleil je relevais le nez de temps à autre  pour jeter un regard au dehors. Cette plaque, on ne pouvait la manier qu’avec maladresse, tellement elle était lourde. Longtemps cuisante il fallait pourtant la soulever à chaque fois pour accéder au foyer où les cendres larguaient leurs fumées opaques. Quand je songe à tout ce tapage qu’on fait à présent sur la toxicité du carbone risquant de polluer ces chères têtes blondes, futures victimes en passe d’asphyxie, c’est à mourir de rire.

Me jeter dans les vapeurs malsaines ou m’enfouir dans les déchets nocifs pour extraire les monticules de cendres, ma mère ne m’offrait pas des montagnes d’alternatives. La fumée risquerait d’incommoder dit-on, j’en rigole encore. Avec ma grosse pelle de fer, bras en avant, nez dans les miasmes, je m’immergeais, tête la première à l’entrée du foyer encore chaud. Au fur et à mesure du temps, l’idéal pour moi bien-sûr, aurait été que je n’ai à accomplir cette longue manipulation qu’une fois de suite, avant de préparer la prochaine combustion de charbon. Avec, ô bonheur suprême, des journaux non-humides et du bois sec pour activer le départ de feu. J’avais cette chance, parfois, sitôt vidé mes cendres accumulées de la semaine. Il n’en était pas toujours ainsi.

Savoir quelle mouche, folle, pouvait bien la piquer, il arrivait à ma mère d'en décider autrement. Cela tombait sous le sens, il serait franchement mieux que je galope au fin fond d’un des deux champs jouxtant la maison pour trouver du bois trempé, le plus vite possible. Ainsi, elle était assurée qu’il me serait impossible d’enflammer le brasier maudit, je devrais donc tout recommencer. Comme en général ses variations d’humeur s’accompagnaient d’une impatience effarante, ma course devait se faire immédiatement, dans la tenue où je me trouvais, jamais le moindre manteau et chaussons aux pieds. L’hiver faisant son travail d’hiver dans la région, au bout de ce champ on ne trouvait que des arbustes suintant et des branchages dégoulinant de givre. La hachette, le billot et le charbon, j’en avais donc la complète responsabilité depuis mon retour chez elle à la fin du  printemps cinquante quatre.

L’hygiène étant son cheval de bataille il aurait été impensable qu’elle se pollue elle-même. Il aurait été inutile aussi, d’envisager quelques traces d’émotivité pour ces retrouvailles. Conforme au souvenir que j'en conservais, ma mère, Hedwige, m’avait dévisagée comme une étrangère, un  dédain facile à repérer pour l’entourage.

Elle aurait dû reconnaître le cristal bleuté de mon regard, le même était fixé au sien depuis l’enfance...". 

 

 Information concernant le magnétophone dépositaire essentiel du témoignage humain : Bien que celui-ci demeure incontournable, outil de travail indiscociable du ferment  biographique, sauf si on me le demande je ne me contente  pas d'exploiter uniquement et exclusivement les transcriptions  faites à partir de cassettes enregistrées. Sur ce qui m’a été confié et en fonction ce que je discerne, je suggère aussi, volontiers, diverses analyses qui me viennent ou observations. Approfondissements bien appréciés, ils succitent  questionnements et interrogations propres au brassage authentique des souvenances... 

 



Biographie pour la famille de Ch. de B.Nîmes. 2004 : "Dans le Béarn arrosé et verdissant sont les Gaves, ces rivières qui s'écoulent à pleins bords et divaguent doucement, clapotant dans le soleil sur de larges lits de galets. Ces galets ne sont pas précisément des Chrysocolles à la couleur verte et bleuâtre messagère de la mémoire Juive que Catherine aurait aimé poser sur le cercueil. Ils ne portent pas la symbolique israélite de la beauté, de l'Amour, ni du pardon, comme ces pierres qui instaurent l'apaisement, là où ont existé les dissonances. Mais la pierre tout de même était présente ici, dans l'eau vive d’un ruisseau. Au lit de ce vaste territoire à mi-chemin entre les cimes et l'océan, là où passèrent les pèlerins de St-Jacques de Compostelle, ce vendredi vers 16 h 45 nous rendions notre père à la verdoyance et au ruissellement de cette rivière affleurant la montagne où se dessine un petit château. Notre père aurait magnifiquement su brosser l'ensemble à ses couleurs crues, violentes et denses. Nous l'avons confié à l'écoulement léger et apaisant du Béarn des Gaves...

Je n'oublierai pas Denys, marchant vers le flux, hésitant encore. Serais-ce assez bien pour son père cette campagne de Serre-Castet, ce flanc de montagne, ces arbres, ce village là, ce déferlement scintillant ? A notre droite un petit panneau où l'on apercevait une inscription nous fit franchement sourire tout de même : "Baignade Interdite"...

Il est bon parfois de braver les principes, Marc ne dédaignait pas exploiter les bravades de temps à autre. Oui c'est bien "Castet" qui signifie château en béarnais. L'endroit fut autrefois siège d'un archiprêtre du diocèse de Lescar et avait ses seigneurs distinctifs sous l'ancien régime. D'après ce que j'ai pu lire par la suite sur cette région, les habitants d'ici espèrent avant tout des parterres de fleurs se multipliant et des tandems à décupler pour pédaler à deux entre les champs de maïs. Je n'ai pu résister au rappel de ce véhicule charmant qui fait brusquement ici sa réapparition sur nos chemins de famille en posant sa courte légende : Pendant la guerre, le vieux tandem du jeune duo déambula à travers la France jusqu'à Pau, ils avaient vingt trois et vingt sept ans.

Castet, je me prends à observer que la résonance de ce nom fait penser à Casse-tête, de là imaginer que la mort de mon père fut plus que jamais l’occasion de, comme le disent les jeunes, de se la prendre, la tête ! Une expression qui ne manquerait pas de charme, ni d’intérêt, voir d’esprit je trouve, si elle était moins galvaudée et utilisée avec plus de clairvoyance. De là à remarquer que toutes pour toutes choses cassées l’on doit payer le prix de la casse, il n’y a que quelques pas. Mais derrière chaque perte n’y a-t-il pas souvent un renouveau.

Et je ne pourrais oublier d’autres pas, ceux que Denys fit dans l’herbe folle jusqu’au refoulement des eaux en minuscules cascatelles. Je ne saurais gommer non plus de mon souvenir de Denys ouvrant l'urne, ni effacer son regard perplexe découvrant les cendres. Et lui, d'un geste ample, lançant vers l'espace les particules qui se sont élevées toutes seules dans le soleil, un étrange tourbillon. Nous nous sommes étreints tous trois, affectueusement, amicalement. Disciples de la pensée profonde de notre père et unis par celle d'avoir été fidèles à ce qu'il aurait lui-même épousé... "

Information au sujet de la forme de l'ouvragepour  donner des tonalités vivantes  aux souvenirs, et afin d'étayer la structure de l'ouvrage je suggère quelquefois des formes inédites en abécédaire ou sous autres formules. 

 

Biographie Résumée : pour Marie-Louise.Cécile F. Artiste Peintre. Paris. 1998 :

"Voici l'histoire de la petite M. Louise F, née de 11 Septembre 1912 à Charenton...

Cette histoire est la mienne. Une histoire où je trouve peut-être des réponses du coté de la transparence, du coté de la flamboyance, de la matière, du coté de la lumière. Peut-être est-ce grâce à ces petites pièces de bronze que cachait pour moi mon grand-père. Grâce au ruissellement du soleil de plomb sur le golfe d'Hammamet, grâce à l'étincellement des pierres précieuses que j'ai dessinées pendant si longtemps, à leur moire, à leur scintillement ?...     C'est peut-être à cause du miroitement de l'or, du chatoiement de la lumière. A cause des cuivres, des dorures, à cause de toutes ces luisances que j'ai appris à conquérir et à dompter par la création.

Mais surtout c'est grâce à la peinture, à la couleur, aux huiles, aux vernis, à la lumière, à l'éclat, à la brillance....

Je suis née à Charenton le Pont et tout le monde sait qu'il y eut à Charenton un asile de fous. Ce qui toute ma vie fit sourire bien des gens quand ils apprenaient le lieu de ma naissance.J'en eus même des complexes jusqu'à plus d'une vingtaine d'années. Plus tard, l'un de mes employeurs, le grand joaillier de la place de Paris me dit :"Vous êtes née à Charenton, moi aussi, vous voyez ou cela mène ! ". Je l'ai vu effectivement par la suite car cet homme m'a apporté le bonheur. La raison pour laquelle à ma naissance je fus confiée à une brave nourrice m'est restée inconnue, c'était à Bourron près de Fontainebleau. Cette année là 19I2, fut l'année ou les premières féministes manifestaient au Palais Bourbon pour obtenir le vote des femmes, à Londres des suffragettes détruisent les vitres de plusieurs hommes politiques et ma mère elle Marie-Amélie, que revendiquait-elle à cette époque là ? Je sais qu'elle dut pour des raisons que je ne connais pas retrouver la Tunisie où elle vivait avec mon père et mes trois frères, je ne sais pas plus pourquoi nous étions séparés et j'ai du vivre toute ma vie avec le mystère de ces années passées dans cette verdoyante région, loin, très loin de ma famille..."

  Information sur le rapport à l’Histoire, une autre mission du Biographe ...: Afin de colorer le texte, je mets également ma patte au niveau du style, sans modifier la substance même. Et je propose, dans le cas de certaines formules de Biographies inédites,  par exemple aussi, de ponctuer par des éléments historiques ou par  des aspects pittoresques et cocasses de la vie quotidienne d'alors. S'ils ne paraîssent pas beaucoup dans le récit au départ. Détails d'ambiance  personnelle ou facettes culturelles ou humaines rattachées à l’atmosphère de l'époque historique vécue...



Biographie  de  Poche :

Pour Marisette. F. 92 ans. Nantes. Année 2001 : "1914, la guerre et le partage du monde sont déclarés et il n'est pas question de faire voyager femme et enfant. Ainsi je fus reprise par mes grands parents à Paris. Je réalise aujourd'hui que j'ai vécu toute cette période dès la mobilisation générale complètement protégée de ce que devait représenter la guerre et de ses conséquences pour eux. Mon grand-père fut tout pour moi pendant longtemps, je lui dois mon diminutif : Marisette. Je riais tout le temps, ce fut Ma-.risette. Et je vécus là chez lui face au bois de Vincennes presque jusqu'à l'armistice de 1918. Je garde de ma petite enfance surtout le souvenir de ce grand-père merveilleux qui plus tard allait régulièrement m’envoyer des cartes postales de Paris et me donner l’envie irrésistible de rejoindre la capitale.Il avait épousé Marguerite Müller fille d'un agrégé de philosophie, professeur et plus tard proviseur au collège de Meaux puis à celui de Vendôme. Je n'ai pas connu cet arrière grand-père J. B. Müller dont je conserve les photos et qui devait être superbe avec ce front large et ces yeux profonds, portant favoris bouclés et haut col dur comme tous les personnages importants de cette époque. En rangeant de vieux documents, j'ai pu imaginer par des lettres authentiques d'époque l'incroyable épopée du côté de la ruée vers l'or américaine de son frère Michel Laurent Müller. Il ruina son existence à partir de 1848 dans une extraordinaire aventure pour la Californie et les conséquences pour lui-même ainsi que pour son environnement furent incalculables. Avec ses rêves et ses espérances je garde pour cet arrière grand-oncle une place toute spéciale dans mon coeur.

Je n'ai pas connu Jean Batiste Müller, mais ce dont je me souviens est que Georges Courteline en fut élève. Mais pas un élève très brillant mais bien plus intéressé, très intéressé par la présence extrêmement séduisante de Marguerite l'une des filles de Jean Batiste dont il tomba follement amoureux, il était collégien, elle était plus agée que lui (J'ai rencontré Courteline plus tard, l'auteur heureux du célèbre "Train de huit heures quarante sept", c'est un souvenir joyeux et très émouvant. Il habitait le douxième arrondissement de Paris près du square qui porte actuellement encore son nom). Avec quel enthousiasme j'avais accepté la proposition de ma grand-mère de le rencontrer, je ne me souviens de son intérieur que de quelques cousins capitonnées, mais me rappelle avec précision de l'accueil chaleureux de madame Courteline, de son regard à lui qui m'a réchauffé le coeur et qui passait de ma grand-mère à moi, puis qui ne me quittait plus. C'est vrai qu'il paraissait bien plus jeune qu'elle, il devait avoir soixante ans. Elle fière et émue ne tarissait pas d'éloges sur ma petite personne. Je m'attendais à des amabilités, à quelques compliments, peut-être à quelques mots spirituels ou primesautiers dont ces comédies étaient emplies, alors les yeux de Courteline se perdirent dans le lointain et je l'entendis simplement dire "Votre grand-mère fut... très, très belle..."

Je n'oublierai jamais le rire cristallin de Marguerite qui en un éclair retrouvait sa jeunesse éblouissante, je n'oublie pas non plus la douceur paisible de madame Courteline. J'ai pensé que les sentiments profonds sont indestructibles".

 

V.Constance d'Epannes- de Béchillon souligne que :

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